La chirurgie orthognathique : quand l’harmonie crée la beauté

Une chirurgie de l’architecture faciale
Uniquement fonctionnelle la chirurgie orthognathique ? Oui à la base, mais avec un fort retentissement morphologique, constituant même pour plus de la moitié des patients la motivation la plus importante.
« La beauté naît de l’harmonie », affirmait Aristote. Depuis l’Antiquité, les penseurs soulignent que l’équilibre est au cœur du beau, qu’il s’agisse de la nature, des œuvres humaines ou du corps lui-même.

Vitruve, architecte romain, décrivait déjà dans De Architectura que toute création parfaite doit réunir trois qualités essentielles :
- firmitas (solidité),
- utilitas (fonctionnalité)
- et venustas (beauté).
Cette philosophie trouve une résonance étonnamment moderne dans la chirurgie orthognathique.
Qu’est-ce que la chirurgie orthognathique ?
Sur-spécialité majeure de la chirurgie maxillo-faciale, la chirurgie orthognathique consiste à déplacer chirurgicalement les mâchoires via des ostéotomies. Une ostéotomie consiste en une séparation osseuse permettant le glissement des arcades dentaires sur leurs axes, ceci afin de corriger leurs malpositions, puis fixation par mini plaques sur leur base osseuse.
- Mâchoire du haut : Maxillaire ;
- celle du bas : Mandibule ;
ainsi que adaptation des tissus qui y sont liés :
- menton osseux, (génioplasties)
- nez ostéo-cartilagineux (rhinoplasties)
- et angles mandibulaires (augmentation ou diminution)
Ce déplacement peut avoir lieu dans les trois dimensions de l’espace : vers l’avant ou l’arrière, latéralement (translation vers la droite ou la gauche, pour recentrer), et verticalement en augmentant ou diminuant leur hauteur.
Les interventions orthognathiques sont à présent très codifiées, réalisées sous anesthésie générale lors de courts séjours (ambulatoire ou une nuit d’hospitalisation). Toutes les incisions permettant d’opérer le patient sont endo buccale afin de les rendre parfaitement invisibles. Les suites opératoires sont dans l’immense majorité des cas non douloureuses mais nécessitent une adaptation alimentaire de la texture et de la température. Le résultat est visible dés la 3eme à 4eme semaine post opératoire, mais comme toute chirurgie morphologique, il continue de progresser durant les 6 mois suivants.
Des indications avant tout fonctionnelles
Ces interventions sont dans la majorité des cas réalisées en collaboration étroite avec l’orthodontiste. Elles traitent principalement les décalages dento-maxillaires, c’est-à-dire des décalages dentaires ayant pour origine une différence de longueur osseuse des mâchoires) non corrigeables par l’orthodontie seule.
Ce type de décalage se développe pendant la période pubertaire et la croissance. Parfois présents très tôt dans l’enfance, notamment quand il y a un caractère héréditaire. Les interventions sont alors réalisées selon les cas vers 15/16 ans au plus tôt pour les rétrognathismes et plutôt vers 18/19 ans pour les prognathismes, mais ces limites peuvent être nuancées.
On utilise la chirurgie orthognathique également pour traiter définitivement certains troubles respiratoires, comme les syndromes d’apnée du sommeil. En effet chez les patients actifs, voyageurs, ou ne supportant pas les dispositifs de ventilation nocturne, la chirurgie apporte souvent une solution efficace, durable, d’autant plus lorsqu’elle corrige simultanément une anomalie squelettique.
Les indications sont donc prioritairement fonctionnelles… mais s’arrêter à cela serait réducteur.
L’innovation et la puissance de calcul au secours de la demande morphologique :
Depuis une dizaine d’années, l’évolution des outils de simulation 3D permet d’anticiper le rendu final avec une grande précision. On peut ainsi ajuster le projet chirurgical aux attentes esthétiques et aux canons actuels, tout en restant médicalement cohérent.
Attention néanmoins, ces simulations ne concernent pour l’instant que les tissus osseux et pas la représentation esthétique exacte du patient. En effet on parle ici d’esthétique, mais cet outil sert avant tout à créer des guides chirurgicaux permettant l’obtention du résultat (notamment occlusal) souhaité avec une précision millimétrique. C’est son but premier.
On ne peut donc pas montrer à celui-ci « son visage d’après » (comme pour toutes les autres chirurgies esthétiques d’ailleurs) mais la visualisation des tissus osseux permet au chirurgien de respecter l’équilibre et l’harmonie d’un visage, pour tendre vers les attentes du patient. C’est pour moi une sécurité permettant de limiter les « sous traitements » et les « sur traitements »
Exemple de simulation réalisée sur chaque chirurgie orthognathique, permettant une rectifications des proportions.






